Quelle place pour la co-construction au sein des villes ?

Vue de Lyon, cathédrale Saint Jean

Un nombre grandissant de promoteurs immobiliers, de collectivités, en bref d’acteurs liés de près ou de loin à l’aménagement, construisent des projets de plus en plus inclusifs socialement, avec une recherche de mobilisation de certaines valeurs (preuve en est de l’apparition du promoteur immobilier Quartus au sein des opérateurs du logement social). Cette mobilisation repose sur l’idée selon laquelle les acteurs de l’aménagement sont insatisfaits de la fabrique de la ville actuelle, qui ne permet pas suffisamment aux habitants et futurs habitants de s’approprier les projets urbains (Laforgue et Vanoni, 2015). Les acteurs de l’aménagement doivent alors mobiliser d’autres formes de légitimation de leurs projets.

 

La prise en compte des besoins réels des habitants : une démarche entre co-construction de la ville et place de la citoyenneté en ville

 

  • La co-construction dans la fabrique de la ville : replacer l’habitant au cœur de la démarche

À Lyon, six collectifs d’habitants (La Guillotière n’est pas à vendre, Ballanche, collectif Part-Dieu, Fabrique de la ville, Habitons Mazagran, La Croix-Rousse n’est pas à vendre) se sont unis pour réclamer une réelle co-construction de la ville, permettant selon eux « l’élaboration de projets respectueux des habitants », comme le fait remarquer l’article du Progrès du 11 mai dernier.

La démarche se situe dans le cadre d’une volonté exprimée par les habitants de se réapproprier la ville, et de faire sienne la construction de la ville. Plus qu’une simple concertation ou une simple information, la co-construction mettrait sur un pied d’égalité les habitants et les autres acteurs de la fabrique de la ville, à savoir les collectivités, aménageurs, et plus généralement toute la chaîne de la promotion immobilière.

La question de la co-construction de la ville dépasse le cadre strict de l’urbanisme et de la fabrique de la ville dans son ensemble, pour empiéter sur le cadre de la citoyenneté et du rôle que chacun souhaite jouer dans la gestion de la Cité. C’est ainsi osciller entre la fabrique de son lieu de vie, son espace personnel, et par extension sa liberté individuelle ; et la fabrique d’un lieu d’interaction avec le monde, avec les autres habitants et citoyens.

La faculté et le degré d’appropriation de la ville et de son environnement est une donnée qui influe sur l’attractivité de la ville, à l’heure où l’usager / l’habitant / le citoyen sont placés au cœur de plus en plus de projets.

 

  • La démarche de co-construction des territoires : vers un regain de la citoyenneté ?

De la même manière, une application a retenu notre attention : il s’agit de CitizenLab, qui se définit comme « La boite à outils de la participation citoyenne », et constitue un outil de co-construction des politiques publiques à travers le monde. Cela permet ainsi consulter les habitants sur un budget participatif, des idées d’aménagement, des enquêtes, etc. L’application permet à chaque citoyen de s’approprier la ville et le territoire à travers la consultation citoyenne et la technologie.

Toutefois, au-delà des bénéfices manifestes pour la citoyenneté et l’appropriation de la politique et du territoire par ses habitants, il convient de mettre en garde sur le paradoxe que crée l’application. Il est en effet créé un décalage entre la réalisation d’une politique publique, d’intérêt général et qui concerne potentiellement tout un chacun, et l’exclusion de certains pans entiers de la population : notamment les personnes âgées sans smartphones.

 

La participation comme outil de valorisation du territoire en amont du projet : entre appropriation et inscription dans un modèle de production de la ville existant

La participation à la construction au territoire, qu’elle soit sous la forme d’une co-construction ou d’une simple concertation (à ce titre, je vous renvoie à l’échelle de la participation, réalisée par le Centre d’écologie urbaine de Montréal), a pour objectif, entre autre, l’appropriation de l’opération par les habitants une fois terminée. Si chaque habitant dispose de la possibilité de négocier et d’être entendu avec les pouvoirs publics, l’opération a en effet davantage de chance, d’une part de voir le jour, et d’autre part d’être acceptée et appropriée par les habitants. Ce modèle, intégré par la plupart de collectivités, permet d’apaiser la fabrique de la ville, en la dépolitisant et en la dépassionnant.

 

  • L’inscription dans un modèle existant de la fabrique de la ville capitaliste

Ce modèle de participation présente des aspects mercantiles, et suit une chaîne de production de valeur. La participation à un projet urbain dans le cadre d’une procédure classique ou légale de concertation entraîne en effet globalement l’appropriation (du moins si les demandes des habitants sont écoutées). Il s’en suit une hausse de la fréquentation des lieux publics ou semi-publics (à savoir, les commerces), donc une hausse de l’animation sur le quartier. Puisque l’animation est présente et que le quartier est alors devenu dynamique, il s’en suit une valorisation du territoire par une augmentation des prix de l’immobilier notamment.

 

Globalement, cette chaîne de valeur peut se résumer de cette manière :

 

Participation > Appropriation > Animation > Valorisation

 

Voici donc, résumé à gros traits et simplifié le modèle de production de valeur généré par la participation citoyenne. Ce modèle mérite bien davantage qu’un paragraphe pour être appréhendé – il doit être adapté en fonction des territoires, de leur histoire, leur composition sociale et les écosystèmes locaux.

L’immobilier inclusif et participatif se traduit donc par des logiques de participation, toutes formes confondues, que de plus en plus d’acteurs utilisent et mettent en forme pour construire les territoires de demain. Toutefois, l’inclusivité du propos des acteurs de la fabrique de la ville se traduit par une création de valeur, notamment foncière et immobilière, qui entraine de fait une sélection et une ségrégation sociale et pousse les populations précaires à quitter un territoire devenu animé, et dans le cas présent attractif, sous l’effet des lois de l’offre et de la demande. Ce fut le cas à Lyon des quartiers de Part-Dieu et de Confluence, et il y a fort à parier que ce le sera pour des quartiers en première couronne de l’hypercentre lyonnais, comme Grand Trou ou Route de Vienne (avec notamment les Halles du Faubourg comme lieu totem de l’animation du quartier).

 

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